La coloc des super héros : épisode 3

 

La coloc des super heros : Speedy, Gom, Spadd et Théo

Insecte 1 / David 0 / Goliath 2

 

Je me réveillai en sursaut, expulsé d’un doux rêve où mes pouvoirs d’oxi s’étaient enfin révélés. Je volais à travers la ville, cheveux au vent, guidé par les hurlements d’une demoiselle en détresse quand un terrible choc m’avait rappelé à la réalité.

 

Je m’écartai de la tête de lit et grognai en me frottant l’arrière du crâne.

Un cri de femme retentit depuis la cuisine.

_ Qu’est-ce qu’il se passe Speedy ? braillai-je en me relevant sur les coudes.

Les couinements absents de toute virilité de mon colocataire m’agressaient les oreilles. Je me levai, enfilai un caleçon qui traînait sur le sol et ouvris sèchement la porte. Alors que j’étais sur le point de hurler, je croisai Gom dans le couloir.

_ Qu’est-ce qu’il a encore ? me souffla-t-il. On dirait ma mère.

Les gémissements de Speedy continuaient, entrecoupés du bruit caractéristique de ses déplacements supersoniques.

 

J’entrai le premier dans le salon, lâchant un : « T’as pas bientôt fini de crier comme une gonzesse? »

Mon chétif ami disparaissait et réapparaissait aux quatre coins de la pièce. Il s’arrêta en pointant un doigt vers le sol, le visage marqué par une profonde détresse. Les fesses en arrière, sa position ridicule étirait son bas de pyjama trop court, dévoilant la naissance de ses mollets de coq.

_ Mais qu’est-ce que t’as ? gueula Gom exaspéré.

_ Là ! beugla-t-il. Un cafard énooorme !

Entre la cuisine ouverte et la table basse du salon, une petite bête s’était arrêtée comme si elle se sentait observée.

Je n’étais pas fan des insectes. Encore moins quand la bestiole se baladait impunément dans mon appartement. Mais j’étais loin de vouloir tenir le rôle d’ultime bourreau pour le dégoûtant nuisible. Je décidai donc de gagner du temps et m’avançai afin de l’étudier de plus près. Ses antennes remuaient innocemment comme s’il évaluait la situation. À croire qu’il passait son tour en attendant de voir le jeu des autres. Il était malin.

 

_ Ce n’est pas la petite bête qui va manger la grosse, me moquai-je en dévisageant le super héros en carton.

Mais Speedy m’ignorait complètement. Perché sur le plan de travail de la cuisine, il ressemblait à une mante religieuse géante avec son ensemble d’un vert criard. Son visage passa de terrifié à outré en moins d’une seconde et il bégaya :

_ Mais heu… Il n’est pas normal celui-là ! Il fonce sur moi et il a un regard malsain.

Malgré son air désinvolte, Gom s’approcha avec une prudence exagérée de l’insignifiant insecte, les yeux étrécis pour mieux l’observer. Il se redressa soudainement, le front plissé sous l’action d’un sourcil relevé à l’extrême.

_ Mais t’es con, ce truc n’a pas d’œil !

_ Si, couina Speedy depuis son perchoir. Lui il en a. Ça se trouve c’est un super cafard !

À cet instant, la bestiole se précipita en direction de Gom qui eut un mouvement de recul désespéré devant sa charge imprévue.

J’aurai assurément agi de la même manière. Pourtant, je m’esclaffai aussitôt devant sa réaction. Je savais qu’en le vexant, il voudrait jouer les gros durs et tous les stratagèmes étaient valables pour éviter d’avoir à m’y frotter.

Je ne m’étais pas trompé.

_ C’est vous les flipettes, faut toujours que je fasse tout, grogna-t-il piqué au vif.

Gom s’arma de courage et se campa solidement sur ses jambes pour faire face à la blatte. Discrètement, je m’étais retranché derrière le canapé pour observer l’affrontement. Négligemment accoudé au dossier, j’avais adopté un air cool et détaché, afin de préserver les apparences. Au centre de la pièce, le cafard avait arrêté sa course comme pour jauger son adversaire en se frottant les pattes de devant.

À bien y regarder, il était quand même gros !

 

En faisant appel à son pouvoir, Gom avait opté pour une technique guère reluisante. Mais aucune personne présente n’allait le lui reprocher. Tout en restant à distance, il leva une jambe et l’allongea en lui faisant décrire un arc de cercle dont lui seul était capable. Une fois positionné au-dessus de la bête, il passa à l’attaque. Il abattit son pied en fermant aussitôt les yeux de dégoût. Quand il les rouvrit, l’insecte était intact et s’était déplacé de quelques centimètres. Ses antennes semblaient remuer plus que d’habitude comme pour narguer son assaillant.

_ Je crois qu’il se fout de ta gueule, ne puis-je m’empêcher de préciser.

Ma remarque eut l’effet escompté.

Le visage de Gom prit une teinte rougeâtre malgré sa peau noire. Un mélange de détermination et d’inquiétude ondula dans son regard et il serra les dents avant de réitérer son attaque, encore et encore. À chaque fois, le cafard évitait la menace de ses semelles en toute décontraction. Après plusieurs tentatives, la jambe de Gom décrivait une sorte de S que terminait sa chaussure pour permettre une impulsion plus rapide. Mais planqué sous sa carapace, l’insecte se décalait tantôt sur la droite tantôt sur la gauche en dépit des assauts répétés de l’homme élastique. Cela frisait le ridicule.

Un vague d’agacement m’envahit et je décidai d’intervenir.

_ Y’en a pas un pour rattraper l’autre, m’écriai-je en me dirigeant droit sur la bête.

Elle me parut soudainement plus imposante qu’auparavant. Je pris néanmoins mon courage à deux mains, retirai un chausson et me préparai à l’attaque.

Mais la grosse blatte détala avant que je n’aie le temps de l’atteindre. À une vitesse hallucinante, elle se réfugia sous le meuble de la cuisine, arrachant à Speedy un nouveau cri aigu. Voyant sa position compromise, ce dernier fila se mettre à l’abri sur le canapé dans un souffle qui m’ébouriffa les cheveux.

Pour ma part, j’étais loin d’être rassuré et les quelques secondes qui passèrent firent fondre ma détermination comme neige au soleil. Le répugnant cafard risquait de ressortir à tout moment et dieu sait par quel côté.

Dès que j’eus le dos tourné, il se rua sur moi comme une foutue bestiole enragée. Je reculai précipitamment, cherchant du regard une quelconque aide de mes colocataires.

Personne.

Derrière moi, les courageux super héros se tenaient tous deux debout sur le canapé. À voir leurs têtes, ils étaient partagés entre dégoût, effroi et l’intense satisfaction de ne pas être la cible du monstre. Je n’avais pas d’autres choix que de lui faire face. En remuant ses deux antennes menaçantes, il semblait réfléchir au meilleur moyen de me prendre à revers. Avait-il grossi depuis tout à l’heure où, était-ce une impression ?

 

Dix minutes plus tard, il avait pris possession du salon. Une fuite désespérée m’avait contraint à rejoindre mes camarades sur le canapé. Gom et moi étions parvenus à en chasser Speedy qui attirait vraisemblablement cette bête de cauchemar. En vitesse supersonique, le gringalet passait d’un meuble à un autre en gloussant, avec toujours six petites pattes à ses trousses. Alerté par nos rires et les couinements répétitifs de Speedy, Spadd apparut dans le salon d’un pas tranquille.

 

Du haut de son mètre cinquante-cinq, il entra en trainant les pieds dans son bas de jogging dix fois trop grand. Ses épais sourcils se froncèrent devant le manège de ses colocataires avant de se lever au ciel. Il finit par poser ses yeux sur la terreur, qu’il toisa en grattant machinalement sa grosse tête carrée.

Un silence de mort envahit l’appartement. Plus personne ne parlait. Tous les regards étaient fixés sur Spadd et la créature qui semblaient se jauger l’un l’autre.

D’un coup, carapace en avant, antennes retroussées, elle chargea.

Le visage de Spadd passa de l’indifférence à la colère en un millième de seconde. Il leva un pied et son corps se métamorphosa en partie. Ses pieds et les muscles de ses jambes doublèrent de volume comme sous l’effet d’un raz de marée de stéroïdes. Sa peau prit une teinte bleutée, ses traits se durcirent et un grognement rauque s’échappa de sa gorge.

Le monstrueux cafard ne semblait plus aussi confiant. Entraîné dans son élan, ses pattes griffues ripèrent sur le parquet dans une ultime tentative de faire marche arrière. Mais l’ombre de l’énorme pied le surplombait déjà et un talon bleuâtre s’abattit sur lui, le pulvérisant. Mes mâchoires se crispèrent devant le bruit écœurant qui en résulta.

 

Je croisai le regard de Gom et Speedy.

Tous deux se retenaient de respirer, de peur de voir Spadd achever sa transformation. Même s’il les avait débarrassés d’une affreuse bestiole mutante, faire appel à son pouvoir d’oxi ne présageait généralement rien de bon. Il se tourna promptement dans notre direction, en serrant des poings bleus gros comme des ballons de foot. Ses pupilles avaient commencé à briller d’une lueur rouge qui nous arracha un mouvement de recul. Heureusement, il n’acheva pas sa transformation. Speedy était à moitié caché derrière mon épaule et je sentis son corps se détendre à mesure que Spadd retrouvait sa forme normale. Je me laissai glisser dans le canapé sans le quitter des yeux, d’un air méfiant, mais soulagé.

Le petit homme s’assura que son pantalon était toujours intact et grimaça en essuyant son pied nu sur le sol. Puis il se redressa, nous fixa et s’exclama :

_ Non, mais ça ne va pas tous les trois ! Tout ce boucan pour un minuscule cafard !

Dans sa voix rocailleuse sourdait encore la menace d’une colère qu’il était tout juste parvenu à étouffer.

Il ouvrit le frigo.

_ Il n’y a plus de bières, se plaignit-il.

Quand je tournai la tête, Speedy avait mis les voiles. Je jetai un regard d’excuse à Gom.

_ C’est lui qui a tout bu balançai-je.

Les yeux de ce dernier me lancèrent des éclairs.

_ J’allais justement en chercher, s’empressa-t-il de dire dans l’espoir d’apaiser le petit homme.

 

Cela faisait des mois qu’aucun incident n’était survenu à cause de la force destructrice de Spadd. Avec pour élément déclencheur la colère, il lui était bien difficile de se contrôler une fois métamorphosé. Cela avait entraîné bien des problèmes lors de nos premiers temps de vie commune. Entre Speedy qui détalait au moindre danger et moi qui n’étais guère utile, Gom avait eu toutes les peines du monde à calmer le monstre bleu. Heureusement que ses facultés élastiques le rendaient insensible aux coups. Mais depuis, Spadd avait appris à se canaliser et ses transformations étaient devenues rarissimes. Ce qui ne nous empêchait pas d’y être particulièrement vigilants.

 

Le garçon referma le frigo et dodelina de la tête comme il le faisait quand il réfléchissait. Son visage s’illumina et il arbora un sourire niais sous son gros nez. C’était impressionnant comme Spadd parvenait à passer d’un extrême à un autre. D’autant plus perturbant pour ceux qui le connaissaient, car derrière ces façades de simplet ou de monstre en puissance se cachait un esprit alerte et affuté.

 

_ Oui, c’est gentil, finit-il par lâcher à l’attention de Gom avant de disparaître dans l’antre qui lui servait de chambre.

Gom me balança un coup de coude en tempêtant :

_ Merci pour le soutien !

Je m’autorisai enfin à sourire à ses dépens.

_ Désolé, mais instinct de survie oblige.

_ Et qui va payer pour ça, s’écria-t-il en baissant d’un ton à la fin de sa phrase.

Il pointait d’un doigt accusateur le sol où gisait la carcasse écrasée du défunt cafard. Une trace de pas, d’une pointure avoisinant les 60 à 65 était restée ancrée dans le parquet. Mes yeux se posèrent immédiatement sur lui et il se défendit aussitôt.

_ Non, non, tu rêves, je ne vais pas lui dire de s’en occuper !

Nous échangeâmes alors un regard, agrémenté d’un sourire entendu.

_ On a qu’à le mettre sur le compte de Speedy. Les absents ont toujours tort !!

 

Partant pour l’épisode 4 ?

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La coloc des super héros Speedy

 

 

Une réflexion au sujet de « La coloc des super héros : épisode 3 »

  1. J’aime bien retrouver les mêmes personnages pour le moins hors du commun, mais réunis dans un même cadre rendu réel par son environnement : la coloc. Aussi je les laisse vaquer à leurs occupations et leur donne rdv au prochain épisode !

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