La coloc des super héros : épisode 5

La coloc des super heros : comique, action et baston

Super pouvoir : la transformation de Spadd

 

La villa d’El Jefe et de ses acolytes grouillait d’activité et les voix des invités s’élevaient dans le ciel clément, mais appauvri d’étoiles. Leur nouvelle notoriété avait attiré du beau monde. Toute la communauté des super héros semblait s’y être donné rendez-vous.

Les moins connus en profitaient pour parfaire leur communication à travers une démonstration de leurs super pouvoirs. Devant l’entrée principale, la langue de bitume s’était transformée pour l’occasion en studio de plein air. Des projecteurs illuminaient la scène que trois caméras filmaient en continu.

Dans la pénombre, une horde de curieux s’amassait derrière les grilles. Leurs yeux brillaient de convoitise sous le halo des néons comme des dizaines de lucioles attiré par la lumière. Ils criaient et applaudissaient, leurs portables brandis à bout de bras entre les barreaux pour immortaliser le moment. Bientôt, les plus téméraires contourneront le jardin pour trouver un trou béant dans l’épaisse clôture, laissé par des oxis entrés clandestinement.

 

Loin de s’en inquiéter, les quatre colocataires s’étaient incrustés à la fête, à proximité d’un bar situé à l’extérieur de la grande maison. Baignés par l’éclairage tamisé installé pour l’occasion, ils sifflaient quelques verres, savourant allègrement la soirée organisée par leur ennemi juré. Ils en oubliaient presque qu’à tout moment l’ambiance risquait de prendre une tout autre tournure.

 

Je reposai mon shot de téquila d’un geste brusque et me calai aussi sec un quartier de citron dans la bouche.

Malgré cela, je parvins à sourire.

Speedy et Gom grimaçaient sous l’acidité du fruit dans un étrange mélange de satisfaction et de dégoût. Spadd se passait délicatement la langue sur les dents pour en apprécier toute la saveur. À croire que l’alcool n’avait pas le moindre effet sur lui.

En toute franchise, je l’espérais sincèrement. Même si sa présence pouvait nous apporter un soutien indéniable en cas d’affrontement physique, je n’étais plus si sûr du bien-fondé de mon invitation. Les colères du petit homme pouvaient être dévastatrices. Le simple fait de l’imaginer bourré et hors de contrôle me glaçait le sang. Mais aucun incident n’avait été à déplorer depuis des lustres et il semblait avoir acquis récemment une certaine maîtrise de lui-même.

Du moins essayai-je de me rassurer.

 

Gom se contorsionna sur sa chaise pour observer une fine silhouette accoudée à l’extrémité opposée du bar.

_ Hé ! Ce ne serait pas Miss D, derrière nous ?

Speedy ouvrit des yeux immenses, trop grands pour le reste de son visage.

_ Mais siiiiiiiii ! C’est elle !

Il se tortillait sur lui-même, comme un enfant à qui l’on empêche des se saisir des cadeaux de Noël sous le sapin. Il faut dire que Miss D était aussi célèbre pour ses exploits que pour sa plastique avantageuse. Je me penchai lentement sur le côté pour l’observer d’un œil que je voulais discret. Cheveux blonds cascadant sur les épaules, peau de pêche, nez retroussé, une taille de guêpe et des fesses parfaitement moulées dans une jupe crayon hors de prix, c’était bien elle.

Gom se leva.

_ Quel gâchis qu’une fille aussi belle ait le don de se rendre invisible quand même ! Peut-être va-t-elle disparaitre en me voyant, ajouta-t-il en souriant.

Passablement éméché, il boitilla jusqu’au bar, le pas mal assuré, mais l’esprit conquérant. Je doutai fortement de sa capacité à faire preuve de subtilité et espérais surtout qu’il évite de nous faire remarquer. Avec un peu de chance, Miss D l’enverrait sur les roses en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire.

 

Les minutes s’égrenèrent et à notre grande surprise, Gom revint accompagné de la délicieuse jeune femme. Sa tenue classe, rehaussée d’un chemisier au sage décolleté, tranchait avec l’habituel uniforme moulant qui subjuguait tant son public masculin.

Jamais je n’avais vu mon ami aussi fier ! Une banane de dents blanches s’étirait sur son visage quand il fit pompeusement les présentations.

_ Hé les mecs ! Voici Helena, alias Miss D, que vous connaissez bien sûr. Helena lui c’est Théo — je la saluais de la main —, le maigrichon là c’est Speedy — il tourna autour de la table en super vitesse et lâcha un « enchanté de vous connaître » théâtral —, et le dernier c’est Spadd — le petit homme hocha la tête avant de s’intéresser distraitement au contenu de son verre —.

_ Salut les garçons, dit-elle d’une voix enjouée et avinée.

Elle prit place à leur côté sans faire de manières, avec un splendide et sincère sourire qui enchanta le quatuor. Je m’empressais de resservir une tournée du premier alcool qui me tomba sous la main. Miss D me gratifia d’un clin d’œil et laissa libre cours à sa curiosité.

_ Je ne vous ai jamais vu auparavant, vous êtes tous des oxis ?

Nous répondîmes par l’affirmative.

_ Vous devez être des amis d’El Jefe, je suppose.

Sa question me prit au dépourvu et je me creusai les méninges à toute vitesse pour trouver une réplique adéquate.

Gom me coiffa au poteau, optant pour la franchise.

_ À vrai dire, il nous déteste. Et c’est réciproque !

Paniqué à l’idée que Miss D puisse nous dénoncer, je lançai à Gom un regard interloqué. Pour toute réponse il haussa les épaules et je cherchai un allié du côté de Speedy. Cet idiot n’avait d’yeux que pour la charmante héroïne, la bouche grande ouverte.

La jeune femme restée interdite jusque-là se mit soudainement à rire de bon cœur en se servant une nouvelle rasade de martini.

Je soufflai.

_ Vous avez fait comment pour entrer ? Elle se laissa aller à des suppositions. L’un de vous peut voler, non, non, non, se téléporter.

La situation l’amusait clairement. Son enthousiasme et ses joues déjà rosies par l’alcool lui conféraient un air candide absolument adorable. J’étais loin d’imaginer la célèbre Miss D aussi simple et abordable avec la pitoyable bande que nous formions.

_ Ça, c’est un secret, soufflai-je avec une moue comique.

L’arrivée de la jeune femme venait de donner une nouvelle dimension à cette soirée et Gom commença les hostilités.

_ Vous savez quoi ? Mademoiselle ici présente est prête à parier avec moi que si je ferme les yeux cinq secondes, je ne serais plus capable de la retrouver.

Miss D leva un doigt impérieux pour imposer les règles.

_ Mais tu n’as pas le droit de bouger de ta chaise.

Les conditions étaient favorables au jeune homme et à son pouvoir d’élasticité.

_ Je mise tout sur Gom m’écriai-je.

La jolie blonde me jeta un regard faussement outré, avant de le diriger vers Gom et de revenir sur moi. L’assurance que nous affichions la troublait manifestement.

_ Tout dépend du méta que tu possèdes, précisa-t-elle à Gom d’une voix traînante.

Elle se tourna brusquement vers Speedy dont le sourire béat s’élargit un peu plus.

D’un doigt langoureux, elle effleura son menton en lui susurrant à l’oreille :

_ Hé beau gosse, il a quoi comme super pouvoir ton pote ?

D’un bond, je bâillonnai Speedy de la main avant qu’il ne révèle la supercherie. Nul doute qu’il aurait vendu père et mère si elle lui demandait !

Nous rîmes de bon cœur et même Spadd se dérida devant l’attitude désinvolte de Miss D.

_ J’aurai essayé avoua-t-elle.

_ Ce ne serait pas aussi drôle, tempéra Gom. Qu’est-ce que tu paris ma jolie ?

Coude sur la table, elle posa son menton dans la paume de sa main pour réfléchir.

_ Celui qui perd paye sa tournée.

_ Oh la petite joueuse ! la chambra-t-il. Disons plutôt deux tournées et un bisou pour le garçon de ton choix.

Tout sourire, il écarta les bras avec emphase pour nous désigner tous les quatre, sans cesser de faire bouger ses sourcils.

Miss D nous regardait, les yeux rieurs, prête à relever le défi.

_ C’est d’accord. Mais si je gagne, ajouta-t-elle d’un air espiègle, vous devez faire tout ce que je vous demande pour le reste de la soirée.

_ Marché conclu, exulta Gom sans prendre la peine de nous concerter.

Mieux valait miser sur les aptitudes de notre colocataire, car leur joute nous incluait tous dans le lot. Cela dit, aucun de nous ne refuserait un baiser de la voluptueuse jeune femme.

 

À l’instant où Gom ferma les paupières, Miss D disparut et son parfum se dissipa dans la nuit. Nous comptâmes jusqu’à 5.

Aussitôt les yeux ouverts, Gom allongea ses membres et parcourut l’espace vide autour de lui de ses bras tentaculaires. Ses doigts se refermèrent sur une forme invisible dans un coin de la terrasse.

Miss D reprit contenance en pestant.

_ Hé ! Mais ce n’est pas du jeu !

_ Je n’ai pas bougé de mon siège, lui fit remarquer son adversaire.

_Très bien, j’accepte ma défaite, concéda-t-elle en riant.

Elle s’évapora à nouveau pour réapparaître aux côtés de Speedy et lui déposer un baiser sur la joue. Les yeux du garçon se gonflèrent de bonheur et il s’empourpra jusqu’aux oreilles. Comme booster par un trop plein d’énergie, il se leva de sa chaise en un éclair avant de serpenter à toute vitesse entre les tables. Son passage créa une bourrasque qui souleva les chevelures et les jupes des filles, provoquant le fou rire du groupe tout entier.

 

Les verres s’enchaînèrent sous la direction de Miss D qui, malgré une ivresse avancée, s’avérait être un gouffre inépuisable. Au bout d’une heure, je commençais à avoir mal aux zygomatiques à force de me bidonner. Gom avait voulu savoir ce que la célèbre oxi leur aurait demandé de faire si elle avait remporté le pari. Dès lors, elle lança une série de défis que nous nous fîmes un devoir de relever.

Gom usa de son don pour chaparder à distance divers objets et notre petite bande se délecta de l’incompréhension de leurs propriétaires.

Ce fut rapidement mon tour.

Je me plantai donc devant une grande brune à l’air revêche. À ce moment, j’ignorais que le choix de Miss D était loin d’être innocent. La femme me toisa avec mépris et je déblatérai d’une traite la tirade de drague ridicule imposée. Sans même se donner la peine de répondre, elle secoua sa chevelure avant de me foudroyer du regard.

Je parlai au sens propre, car un éclair bleuté jaillit de ses pupilles pour me griller les circuits.

Je m’écroulai inerte, sous les moqueries de mes amis.

Quand je me réveillais quelques secondes plus tard, tous riaient à gorge déployée, incapables de s’arrêter. Le temps que je reprenne mes esprits, Speedy avait pour défi de persécuter le barman. Le pauvre homme voyait ses verres et leurs contenus disparaître dès qu’il avait le dos tourné.

Miss D ne semblait jamais rassasiée de plaisanteries en tout genre et je commençai à terriblement l’apprécier. Le regard trouble et le visage rougit par un taux d’alcoolémie qui crève le plafond, elle brailla malgré la maigre distance qui la séparait de Speedy.

_ Je te fais un bisou sur la bouche si en échange… — Elle laissa durer le suspense — tu mets une main aux fesses à tous les mannequins anorexiques là-bas au bar.

Speedy qui avait ouvert des yeux grands comme des soucoupes s’exécuta sans hésiter. Sur le flou lumineux de son passage, les filles se retournèrent, prêtes à accuser le premier mec qui aurait le malheur de croiser leur regard. Le jeune homme revint en super vitesse et claqua à son tour le fessier de Miss D. Elle se figea un instant et j’eus très peur pour mon ami. S’il n’était pas aussi ivre, jamais il n’aurait osé une telle chose. Heureusement la jolie blonde éclata de rire, manquant de tomber de sa chaise.

La soirée se déroulait finalement sous les meilleurs hospices et même Spadd paraissait s’amuser depuis son siège en suivant nos péripéties.

Miss D embrassa Speedy et nous criâmes à l’unisson en levant nos verres. Survolté, le jeune homme zigzagua sur la terrasse en vitesse lumière. L’alcool n’aidant pas, il trébucha et heurta un véritable colosse qui venait de faire son entrée.

 

Les ennuis allaient commencer, c’était Volcom, un membre du groupe d’El Jefe.

 

Il aurait été plus avisé de faire profil bas, mais dans notre état, la moindre chose nous faisait marrer. Nos ricanements incessants ne rendirent que plus furieux la montagne de muscles. Speedy se releva en chancelant, toisé par un oxi réputé pour son caractère explosif. Volcom tenta de se saisir du chétif garçon qui s’évertuait à lui filer entre les doigts. Son visage prit une teinte écarlate menaçante.

Pourtant, notre hilarité monta encore d’un cran quand Gom compara le duo à Laurel et Hardy.

 

Malheureusement ce fut la douche froide, lorsque les grosses mains pataudes de Volcom se refermèrent sur notre ami. Immédiatement Gom et moi bondîmes de notre chaise. Miss D se joignit à nous tandis que Spadd restait tranquillement assis, imperturbable en toute circonstance. Nous étions bien conscients de ne pas faire le poids face à ce monstre et comptions secrètement sur la jeune femme pour calmer le jeu.

C’est le moment que choisit El Jefe pour faire son entrée.

Auréolé de suffisance, il s’approcha, intimant à son camarade de libérer Speedy.

_ Allons, allons, qu’avons-nous là ? Des passagers clandestins dans ma propre maison. Ce ne serait pas les trois pathétiques ? Je ne me souviens pas de vous avoir invité.

Il s’exprimait avec un mépris condescendant plus agaçant encore que le crissement d’une craie sur un tableau noir. Il tourna subitement la tête vers Miss D, la détaillant des pieds à la tête. Il releva une main pour la passer négligemment dans sa chevelure soyeuse avant de s’adresser à elle.

_ Ils vous importunent mademoiselle ?

Son ton mielleux provoqua un haut-le-cœur chez la jolie blonde. Elle ne put résister à le moucher sur le champ.

_ Pas le moins du monde je vous remercie, vous êtes ?

Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers le bar en l’ignorant superbement. Je jubilai intérieurement de l’effet de sa répartie sur le visage du maître des lieux. En dépit d’une contrariété évidente, El Jefe tenta néanmoins de faire bonne figure.

Son arrivée avait ameuté les curieux et rapidement une foule entière s’était massée à l’extérieur. Sa horde de groupies le suivait de près, les yeux brillants d’admiration. Elles gloussaient à chaque passage de ses doigts dans son cuir chevelu. Soit approximativement toutes les deux minutes.

Autour de lui, les membres de son équipe étaient au complet. Le musculeux Volcom était capable de transformer sa peau en pierre. Trash manipulait le feu à sa guise et Joker possédait la faculté de durcir l’air à sa convenance. À côté d’eux, le bellâtre paraissait être un enfant de chœur. Mais c’était sans compter sur son esprit calculateur, son inexistante compassion et sa détermination à accéder à la célébrité. Son super pouvoir consistait à produire un rayon lumineux qui vous vidait littéralement de votre énergie. Mieux valait l’éviter à tout prix, mais c’était là son unique atout.

 

Il rajusta son col avec dédain, comme si nous parler avait porté atteinte à son esthétisme impeccable. Galvanisé par son auditoire, il déversa son venin de sa voix grinçante.

_ J’imagine que la crevette vous a fait rentrer un par un. Je suis étonné qu’il ait réussi à vous porter.

Je le laissais rire bêtement. Il avait en partie raison et je ne trouvais aucune répartie cinglante. L’alcool me martelait les tempes et exacerbait la haine que je ressentais pour ce frimeur.

Gom ne fut pas aussi patient.

_ Toujours à te cacher derrière tes sbires. Tu ferais mieux de retourner à tes pubs de minet, se gaussa-t-il.

J’aurai préféré qu’il évite d’envenimer la situation. El Jefe lui adressa un rictus cruel et ses yeux lancèrent des éclairs. Quand ils se posèrent sur moi, un sourire méprisant lui barra le visage.

_Toujours impuissant Bald ?

Il n’attendit pas de réponse et se moqua ouvertement de moi. Sa jubilation s’arrêta aussi vite qu’elle était venue. Il passait d’une attitude à une autre comme un mauvais acteur de série B. Balayant l’air d’un geste dédaigneux, il souffla à son camarade.

_ Débarrasse-toi d’eux Volcom, fais en ce que tu veux !

Le grand costaud dévoila ses dents sans tout à fait sourire. Le regard méprisant, il dégoulinait d’assurance. Il nous toisa de toute sa hauteur et avança vers nous en faisant craquer ses phalanges.

Spadd apparut soudainement devant lui.

 

Quand s’était-il déplacé ? Jusqu’ici, sa présence était passée totalement inaperçue. J’aurais juré qu’il se tenait encore sur sa chaise une seconde auparavant. Je me tournai pour le dévisager. Son regard braqué sur le géant était dur et implacable.

J’en frissonnais.

À l’idée de voir les deux hommes s’affronter, l’inquiétude m’envahit. Avec aussi une pointe de fascination, je devais bien l’avouer.

El Jefe était devenu pâle comme un linge. Il savait de quoi Spadd était capable. Il avait assisté aux premiers pas chaotiques et destructeurs de la découverte de son pouvoir d’oxi. Ses yeux écarquillés menaçaient de jaillir de leurs orbites. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises sans qu’aucun son ne sorte, avant de s’exprimer d’une voix absente de toute virilité.

_ Mais vous êtes fou de l’avoir amené ici, beugla-t-il à l’intention de ses anciens colocataires.

Son ton affolé ne passa pas inaperçu et il tenta de dissuader son ami.

_ Laisses, ça ne vaut pas le coup, ne gâchons pas la fête.

L’intéressé lui accorda un regard intrigué avant de le repousser d’un bras large comme mes cuisses. Faisant preuve de fierté, il fixa le petit homme d’un air supérieur comme s’il s’agissait d’un insecte inopportun.

Il allait le regretter amèrement. Avec un mélange d’effroi et d’amusement, je le vis lever la main pour frapper Spadd, malgré la tentative d’El Jefe pour l’en empêcher.

Dans un premier temps, l’étonnement se lut sur son visage. Puis ce fut l’ombre d’une inquiétude. L’insignifiant nabot venait de prendre subitement trente bons centimètres. Sa peau s’était rembrunie d’une curieuse teinte azur et entre ses vêtements déchirés, s’étaient développés des muscles hypertrophiés, striés de veines saillantes. Il avait encaissé le coup sans même frémir et la main de Volcom l’élançait terriblement.

Spadd roula ses épaules d’une largeur inconcevable et poussa un grognement qui mit définitivement fin à la fête. Comme la majorité des invités, El Jefe avait pris la poudre d’escampette pour se réfugier à l’intérieur. Seuls les plus valeureux oxis présents restèrent pour assister au spectacle. Gom, Speedy et moi nous tenions à l’abri derrière le bar, d’où dépassaient nos trois têtes. Accoudée au comptoir, Miss D semblait amusée par les évènements.

 

Volcom ne voulut pas perdre la face. Usant de son super pouvoir, son corps se couvrit d’une pellicule de pierre et il frappa de toutes ses forces. Une douloureuse surprise tordit son visage rocheux quand Spadd lui attrapa le poing au vol. Incapable de se libérer, le géant riposta de son autre bras. Mais son attaque n’atteignit jamais sa cible.

D’un direct en pleine poitrine Spadd le projeta sur plusieurs mètres. Son pauvre adversaire traversa un mur comme s’il s’agissait de polystyrène et effectua un roulé-boulé dans le salon. Il faucha le mobilier sur son passage, parmi les cris, les bruits de verre cassé et les objets renversés.

À l’extérieur, un silence pesant s’installa.

Mon cœur se mit soudainement à galoper dans ma poitrine. Les énormes pectoraux de Spadd se levaient et s’abaissaient au gré de sa respiration, mais il ne semblait pas sur le point de redevenir lui-même. Il fallait agir avant que sa colère ne se déchaîne.

Je sautai par-dessus le bar à la Starky et Hutch.

Le regard rougeoyant de Spadd se posa sur moi et je dus lutter pour ne pas m’écrouler sur mes jambes flageolantes. Mais je ne connaissais qu’une seule méthode pour m’assurer son retour à la normale.

_ Gom, Speedy, avec moi criai-je.

Les deux garçons se considérèrent un instant. L’intervention était périlleuse et son côté grotesque ne les encourageaient guère à l’accomplir en public. Mais elle était nécessaire.

Attirant l’attention de Spadd, nous entamâmes en cœur la danse du Joomla. Parfaitement conscient du ridicule de la situation, c’était également l’unique moyen que nous avions trouvé pour le calmer.

 

C’était sa musique favorite. Et cette idée saugrenue de Speedy — ça ne pouvait venir que de lui — avait un jour préservé notre appartement de la destruction. Depuis, nous nous étions entraînés avec un sérieux exemplaire. Gom et moi poussions même la chansonnette pour une plus grande efficacité.

 

Pourtant, rien ne nous avait préparés à l’incommensurable honte que nous ressentîmes en cet instant. Des rires fusèrent parmi l’assistance. Miss D nous lorgnait d’un air ahuri, un sourire se dessinant progressivement sur son visage. Heureusement après quelques paroles et une chorégraphie bien huilée, Spadd se calma rapidement et retrouva sa forme initiale. Speedy n’eut même pas à le distraire, ni Gom à faire barrage de son corps élastique.

 

Tête baissée, nous nous enfuîmes sans un regard en arrière. Miss D se joignit au groupe et nous suivit jusqu’à la maison, sans cesser de rire sur tout le chemin du retour.

 

Partant pour l’épisode 6 ?

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